Accueil > Documents de références > Etudes > Mali : inventaire des données sexospécifiques

Mali : inventaire des données sexospécifiques

Depuis la mise en œuvre de la Déclaration de Pékin en 1995, le Mali s’évertue à agir en faveur de la lutte contre les discriminations faites aux femmes. Dans ce but, nombreuses ont été les actions déployées par les institutions dans les domaines clés. Dans ce sens, des rapports périodiques sont rédigés par le gouvernement afin de mesurer les évolutions réalisées en la matière d’une période à l’autre. A cet effet, le ministère malien de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille publie « Le rapport sur la situation de la femme en 2008 ».

D’après les résultats affichés par l’étude, la situation des maliennes s’est améliorée entre 2007 et 2008. Droits, éducation, santé, économie, participation aux prises de décisions sont autant de secteurs dans lesquels les femmes ont renforcé leurs capacités. Cependant si ce constat est positif il n’en demeure pas moins que les inégalités persistent.

Pour preuve, en 2008, 53,9% des filles en âge étaient élèves dans le premier cycle contre 68,1% des garçons alors qu’elles étaient 51,7% contre 62,2% des garçons en 2007. De même, sur 7% des inscrits dans le second cycle en 2008, on comptabilisait 5,8% des filles et 8,2% des garçons contre 5,3% de scolarisés en 2007 soit 4,4% des filles et 8,3% des garçons. Dès lors, même si une proportion plus forte de filles reçoit un enseignement scolaire, les mesures correctives déployées pour réduire l’écart entre les deux sexes semblent vaines. Cependant, le taux d’abandon scolaire soulève une situation paradoxale. D’après le document, « le taux d’achèvement du 1er cycle est de 54% dont 44,8% pour les filles et 63,5% pour les garçons. Au second cycle, il est de 33,5% dont 25,3% pour les filles et 42% pour les garçons ». Une exception qui confirme la règle puisque les hommes sont trois fois plus nombreux dans les universités – 72,2% contre 27,6%.

Ainsi, le faible taux de scolarisation des filles expliquent leur faible présence à des emplois de haut niveau. Selon l’enquête sur les Connaissance, Attitude et Pratique sur les Droits des enfants et des femmes (ECAPDEF) menée en 2008, 26% de femmes occupent des fonctions de prises de décisions au niveau étatique. En pratique, ce constat se traduit par 6 femmes ministres sur 26 ministères en 2008 contre 7 en 2007 et 10,2% de députées soit 15 sur 147 parlementaires en 2007 et 2008. Chez les professionnels du droit, on trouve 11% de magistrates soit 46 sur 418 postes et 8,5% d’avocates ce qui représente 24 femmes pour 260 hommes. Cette tendance se confirme également dans la fonction publique puisqu’elles ne représentent que 14,5% des fonctionnaires de catégorie A et 27% tous niveaux confondus.

Ces disparités se retrouvent sur le plan économique

De la même manière, ces disparités se retrouvent sur le plan économique. D’après les statistiques mondiales, 32,1% des maliens vivaient en ville en 2008. Par conséquent, avec près de 68% de la population qui habite en campagne, une part importante du revenu des femmes est issue de l’agriculture où les marges économiques restent faibles. Dans ce domaine, leur plus forte vulnérabilité se traduit notamment par leur moins bonne dotation en biens de production. A ce titre, l’étude souligne que les hommes sont propriétaires des gros équipements comme les batteuses, les égreneuses et les pompes alors que les femmes détiennent davantage des charrues, des houes et des semoirs. Cette perte de productivité réduit leur capacité à s’intégrer durablement sur le marché. Pour y remédier, les autorités du pays ont mis en place « une loi d’orientation agricole qui favorise l’équité entre les sexes en milieu rural ». Cette initiative s’est concrétisée par la distribution nationale de 375 tracteurs dont 10% leur sont revenus. Ainsi, en dépit de cet effort, les maliennes restent défavorisées. Un handicap qui est appuyé par le caractère discriminant du droit à la succession. Près de la moitié des femmes- 52%- ont déclaré ne pas pouvoir recevoir un héritage. 54,8% des femmes rurales et 37,3% des femmes urbaines sont concernées.

A cette fin, il ressort que la tradition est encore très imprégnée dans ce mode de gestion. Selon 41,7% des maliennes interrogées, leurs droits répondent aux règles de la tradition et pour 54,7% d’entre elles, ils sont régis par la religion. De ce fait, leur recours à la justice d’Etat est marginal. D’ailleurs, « pour la majorité des femmes enquêtées, les droits qui sont conférées par la loi sont essentiellement, le droit à la santé et au bien-être (77,6%), les droits civils et liberté publique (68,6%), le droit à l’éducation n’étant que faiblement reconnu (18,8%) ». Dans ce contexte, par principe de cause à effet, les résultats de l’ECAPDEF ont révélé qu’elles ne sont que 35% à les connaître, avec un décalage entre femmes urbaines (51,4%) et femmes rurales (25%). Or, ce facteur ne semble pas être un élément explicatif de leur manque de représentativité à des postes électifs pour les autorités. Suivant l’examen fait par le ministère, c’est « un manque de solidarité entre les femmes, un manque de confiance en elles-mêmes, un désintérêt des femmes pour les élections ou l’effet des pesanteurs sociales » qui en sont l’origine. Pourtant, leur adhésion significative à des associations (52,8%) et aux comités locaux de l’eau, d’autant plus dans le milieu rural (54,3%), ne s’inscrit pas dans cette logique.

En revanche, une corrélation avec la pratique courante des violences à l’égard des femmes peut-être souligné. En 2008, l’ECAPDEF a permis de mettre en lumière que 25,2% des maliennes interrogées ont été battues par leur mari, avec un recensement plus fort du fléau dans les campagnes (29,4%) que dans les villes (18,5%). Ces dernières ont souvent déclarées l’accepter et refuser de la dénoncer.

Les investissements opérés en direction de la santé doivent être relativisés

En outre, des investissements notoires ont été opérés en direction de la santé. Sur l’année 2008, 47 centres de santé communautaire ont ouverts, la moyenne nationale des consultations prénatales a progressée de 4 points et 61% des accouchements ont été assistés contre 58% en 2007. Ces efforts doivent être néanmoins relativisés car, au cours de la période, 515 cas de décès maternels ont été dénombrés, le taux d’utilisation des services de planification familiale a reculé et la prévalence contraceptive reste à un niveau bas. De plus, « le nombre de nouveaux cas de VIH/SIDA pour les femmes est passé de 456 en 2007 à 569 en 2008 contre respectivement 485 et 369 pour les hommes ».

Au terme du rapport, le Ministère formule ses propres recommandations afin que le Mali intensifie ses stratégies politiques en faveur de l’égalité femmes-hommes. Dans cette perspective, il entend :
- Intensifier des actions de sensibilisation
- Poursuivre la sensibilisation sur la planification familiale et rendre beaucoup plus accessible les services de planification familiale
- Initier des actions visant à maintenir les filles dans l’enseignement après le cycle fondamental
- Vulgariser les articles de la loi d’orientation agricole favorables à l’égalité des sexes et l’autonomisation de la femme

Pour de plus amples informations, veuillez télécharger le rapport en français en bas de page.

20 avril 2014
retour haut
Ce site utilise PHP, MySQL et est réalisé avec http://www.spip.net/ logo spip logiciel sous licence GNU/GPL - Réalisation du site web - Contact - Plan du site creative commons- Site optimisé pour Mozilla Firefox firefox